Papa,
Je ne sais pas vraiment pourquoi j'écris. Peut-être parce que pour la première fois en 9 ans j'en ressens le besoin. Pourquoi ne pas simplement être venue te parler ? Parce que je n'aurais pas eu le courage de te dire tout cela certainement. Tu ferais mieux de lire cette lettre tout seul.
Quand maman nous as quitté, j'ai été anéantie, complètement détruite. J'avais beaucoup de respect et d'amour pour elle. Elle s'est battue toute sa vie pour nous, mais n'as pas eu assez de force pour tenir jusqu'au bout. Je me rappelle encore de ce jour où tu nous l'as annoncé, tu étais dans la cuisine avec Raphaël et Nathalie. Je me rappelle avoir vu un de mes frères arriver dans la cuisine et demander tout naturellement « Elle est où maman ? » et c'est à ce moment la que tu as du lui répondre qu'elle nous avait malheureusement quitté. Je me rappelle cette tristesse qui a parcouru nos c½urs à ce moment là et qui le parcoure toujours en ce moment. Et puis je me rappelle de ce jour où Jonathan, Jordan et moi étions dans la voiture tout les trois. Tu n'avais pas voulu qu'on rentre dans cette pièce. Cette pièce où on la voyait dans ce cercueil. Et puis dans cette église, au moment où j'ai vu tout mes camarades de classe passé devant moi. Ce fût très difficile.
Depuis ce jour là, je vis très mal. Je me déteste. Pourquoi ? Parce que je n'ai jamais su lui dire une seule fois « je t'aime ». Pourtant ce ne sont que trois petits mots. Je n'ai jamais su lui dire, alors qu'Océane, elle, n'attendais que ça. Pourquoi n'ont-ils pas attendu un peu avant de nous l'enlever ? Pourquoi n'ont-ils pas pu attendre qu'Océane puisse au moins connaître la personne formidable qui l'as mise au monde ? Quand je vois Océane pleurer et qu'elle me dit ''maman me manque'' j'ai mal, mal au c½ur. J'aurais tellement voulu échanger ma vie avec la sienne !
Je me rappelle d'un jour où j'étais encore en maternelle. La troisième je pense. C'était le jour où je partais en classe de mer. Je me rappelle avoir vu maman pleurer parce qu'elle ne voulait pas me laisser. Et puis je me rappelle aussi de ces coiffures horribles que je lui faisais, mais je me rappelle de ces merveilleux sourires qu'elle, elle me faisait après.
Tous les ans, quand je rentre à l'école, j'ai droit à cette question quand je dois me présenter devant la classe, « Qu'elle est la personne que vous admirez le plus ? ». Pour moi cette personne n'est pas une star, non. Chaque année je tiens le même discours devant la classe. « La personne que j'admire le plus est ma mère. Parce qu'elle as toujours fait de son mieux pour nous élever, même dans les moments difficiles de cette maladie qui as fini par l'emporter. Je voudrais tout simplement lui ressembler, pour qu'elle soit fière de moi. » Malgré que je ne lui ai jamais montré, j'aimais maman. Oui tout le monde me dit ''Ta maman savait que tu l'aimais ''. Oui peut-être, mais j'aurais tellement voulu lui montrer.
Les nuits qui ont suivi sa ''disparition'' j'ai fait des cauchemars. Je la retrouvais dans un hôpital psychiatrique, elle était toute vêtue de blanc, assise sur une chaise dans un jardin. Je m'approchais d'elle et criait ''Maman regarde c'est moi !'' . Mais jamais je n'avais de réponse. Ensuite je me sentais m'éloigner, encore et encore. Jusqu'à ne plus la voir du tout.
Ensuite ça à été des rêves. On se retrouvait tout les trois. C'était tellement magique. Mais cela n'as pas duré. J'avoue que depuis, j'ai peur de dormir. Tout simplement peur de me réveiller le matin et de te retrouver sur la table de la cuisine en pleure m'annonçant que je venais encore de perdre quelqu'un d'essentiel à ma vie. Ou encore pire, qu'on m'annonce que c'est toi qui nous as quitté. Oh oui j'ai tellement peur de ça papa.
Tous les ans, quand je vois Océane et Jordan arriver avec leur cadeaux de fête des mères, j'ai envie de fondre en larmes. D'ailleurs à chaque fois je me réfugie dans ma chambre le soir et je craque. J'ai envie de hurler, de lui demander pourquoi elle n'as pas tenu le coup.
Et puis je revois toutes ces fois ou tu rentrais à la maison après tes missions. Toutes ces fois ou je voyais des étincelles dans tes yeux et ceux de maman quand vous vous retrouviez. Vous étiez tellement beau. Cette année quand tu es parti en mission, je ne voulais pas. J'ai pleuré tout les soirs. Et quand tu revenais, je ne voyais plus ces étincelles dans tes yeux. Tu étais heureux de retrouver Lucile, certes, mais ce n'étais pas pareil.
Et puis quand tu nous parle de maman, j'adore ça, parce que je vois ces larmes perlé sur tes yeux. Tu essaye de les cacher, mais tu n'es pas très doué. J'adore t'entendre me dire que tu te mettais à ta fenêtre et que maman faisait pareil. Parce que je vous imagine. Et vous êtes beaux.
Et puis toutes ces photos d'elle que nous avons. Quand vous avez retrouvé cette photo d'elle sur la place de Mettet, ce soir là j'ai pleuré et j'ai écrit un texte. Le voici :
« Une photo vieille de +/- 24 ans. Une photo ou se trouve un petit tas de personnes. Parmi toutes ces personnes, une seule vous intéresse. Cette femme la, au milieu. Cette femme habillée d'une robe blanche, d'un gilet rouge, de petits souliers de la même couleur & d'un petit sac brun clair. Cette femme aux longs cheveux. Cette femme qui a ce magnifique sourire qui vous réchauffe le c½ur. Cette femme ne vous est pas inconnue. Cette femme vous lui ressembler comme deux gouttes d'eau. Non seulement par votre démarche, votre corps et votre façon de parler. Tout simplement car cette femme est votre mère. Cette personne qui vous as portée durant 8 mois car vous êtes née prématurément. Cette femme qui tirait chaque jour du lait de son sein pour venir vous l'apporter dans cette couveuse. Cette femme qui a vécu 8 ans à vos côtés. Cette femme atteinte d'une maladie qui a fini par l'emporter. Cette femme dont vous êtes tellement fière. Tout simplement cette femme qui est un modèle pour vous.
Maman, je t'aimerais toujours. »
Voilà un des nombreux textes que j'ai écrit et que j'ai foutu à la poubelle par la suite.
Quand je t'ai dit que je voulais me tuer la fois passé, je me suis sentie tellement bien après. J'avais l'impression d'être plus proche de toi. J'ai besoin de savoir que tu es la papa. Même si je le sais.
Voilà je pense que j'ai tout dit. Ne t'inquiète plus, mon envie de suicide est partie, je resterais a tes côtés. Pardon si je t'ai fait pleurer, mais j'avais besoin de te parler. Essaye de me répondre s'il te plaît.
Je t'embrasse
Je t'aime de tout mon c½ur !!
Ta petite fille.
" Je n'aurais certainement jamais le courage de lui montrer cette lettre. "